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Surprise et sursis

Cave, lector, malignitatem ! Montaigne avec Philotimus avait raison. Un mal peut en cacher un autre : du doigt au poumon !

mercredi 8 novembre 2006, par Etienne Ithurria

Film et cédérom encore retardés bien que pratiquement achevés

Au moment où, avec notre équipe, Jean Jimenez, le réalisateur du film, et Jacques Aguila, le développeur du DVDROM, nous mettions la dernière main sur ces lourdes réalisations, voici qu’une intervention chirurgicale bénigne, en septembre, a été pour moi l’occasion de découvrir une maladie qui l’est moins, et qui m’oblige à suivre un lourd traitement et de durée. Nous voici donc en stand by provisoirement. Très provisoirement, je l’espère.

Je ne m’excuse donc pas, auprès de ceux qui ont eu l’amabilité de manifester leur intérêt pour nos documents : ce retard est indépendant de ma volonté, ce qui ne m’empêche pas de m’en désoler.

Autant que mes forces me le permettront, je ne me dispenserai ni d’entretenir ce site, envers et contre tout, ni de préparer, avec le ou les partenaires qui s’y prêteront, une sortie imprimée, en couleurs, du Lycosthenes, accompagnant FILM et DVDROM : ce sera donc reculer pour mieux sauter ! A quelque chose malheur est bon !

Je me console en me disant que ce site propose déjà une riche matière montaignienne, à qui veut prendre la peine de le parcourir sérieusement, quitte à consulter les publications Slatkine (fac-milé et décryptage) et l’ouvrage Rencontres aux éditions InterUniversitaires. Depuis moins de 3 ans plus de 46 OOO personnes ont visité ce site, fréquentation importante pour un site de cette nature, même s’il faut tenir compte des surfers aléatoires ou occasionnels. Beaucoup d’entre vous se sont intéressés à l’Introduction de l’édition Slatkine. Malgré le peu de réactions, je suis convaincu que l’information passe et que mes travaux sont progressivement mieux connus.

Reste une ambiguïté non encore évacuée : s’attacher à la compilation, somme toute courante, je ne dis pas pour autant banale, de Lycosthenes, comme source ou possible ou probable de Montaigne, en oubliant, ce que nous rappelons depuis près de 20 ans, que l’essentiel de nos recherches porte sur le scripteur français, qui, de façon singulière, détourne le compendium latin.

Aujourd’hui encore Paul Mathias dans son exigeant Montaigne et l’usage du monde (Vrin 2006 p. 11 note 1), que j’ai intensément médité, tout en signalant mes travaux, ce que j’apprécie, n’évoque le Lycosthenes que comme compilation, alors que notre scripteur à beaucoup d’égards confirme bien des observations du philosophe contemporain, par exemple sur le passage ou la mobilité du temps, en rapport avec Montaigne... Paul Mathias a quelque excuse, car, me semble-t-il, fort peu de spécialistes à ce jour se sont attachés à ces fragments de lecture de notre scripteur, pour en saisir l’originalité face aux gloses habituelles. Ces annotations ne constituent pas d’abord un réservoir d’anecdotes ou de sentences : il s’agit de traces de lectures, en français, de vestigia qui permettent non seulement de détecter des sources montaigniennes, mais surtout de profiler un lecteur incomparable, pour reprendre la forte expression appliquée à notre scripteur par le regretté Jean Irigoin, Professeur au Collège de France, lequel, en outre, éminent expert en manuscrits, non seulement ne trouva rien à redire à mes investigations autographiques, mais encore manifesta son admiration pour le décryptage des annotations, tout en saluant

le dossier paléographique Catastrophe - Si moy qui suis (Eyquem) - argumenté avec verve

et son annexe fort bien illustrée.

Mon infortune actuelle me donne l’opportunité de rappeler la complicité de notre marginal avec Montaigne : quand les médecins, suite à une opération légère, m’ont retenu pour une hospitalisation bien plus sérieuse, que je n’avais pas prévue, j’ai évidemment pensé immédiatement à Philotimus, au doigt, au poumon de son patient, et à la question du bon propos au bon moment. Même ironie de la situation. A lyc. 252 le scripteur porte en effet :

a tels questioneurs frivoles peut on faire la responce que fit le medecin philotimus a un phtisique et pourri dedans le corps mor. 83

Renvoi à Amyot dont s’inspire précisément Montaigne (Pochothèque p.1478) dans ses Essais :

Et le médecin Philotimus, à un qui lui présentait le doigt à panser, auquel il reconnaissait au visage, et à l’haleine, un ulcère aux poumons : Mon ami, fit-il, ce n’est pas à cette heure le temps de t’amuser à tes ongles.

Merci pour votre attention, et constatez que le Lycosthenes, mais surtout son scripteur, grâce à ce site, nous maintient malgré tout solidaires.

J’espère que ces circonstances difficiles pour mon entourage et pour moi ne m’affecteront pas au point de vous surprendre et décevoir, comme il advint à Cléomenes : occasion de rapprocher encore une fois notre scripteur et Montaigne ; lequel porte (in Essais édit. Villey p. 564 B) :

Cleomenes, fils d’Anaxandridas, estant malade, ses amys luy reprochoient qu’il avoit des humeurs et fantasies nouvelles et non accoustumées : Je croy bien, fit-il ; aussi ne suis-je pas celuy que je suis estant sain : estant autre, aussi sont autres mes opinions et fantasies.

Et notre scripteur p. 677 (de mathesi) écrit dans sa marge :

Cleomenes estant malade se met entre les mains des devins et charmeurs mor 705 inf

soit moralia de Plutarque/Amyot, source de Montaigne : Amyot porte ... (Cleomenes) estant travaillé d’une longue maladie...

Scripteur et Montaigne, s’intéressant au personnage pour le même propos de l’altération provoquée par la maladie, puisent à la même source, mais s’en démarquent formellement de conserve par leur plus sobre... Cleomenes estant malade . Forte focalisation, d’autant que l’apophtegme se retrouve deux fois dans le Lycosthenes : lyc. 723 et surtout lyc. 81 De argute dictis avec renvoi à Macaut et une nouvelle fois à Amyot, moralia 705, source des Essais.

Philotimus, Cleomenes... Imprévu, altération, bénin, malin, bon an, mal an. A suivre. Tandem eamus !

Candidi nautici, merci pour votre attention, bon vent 2007 à chacune et à chacun.

P.-S.

La revue de l’AMOPA (Association des Palmes Académiques) n°177 de juillet 2007 a publié une synthèse de l’aventure du Lycosthenes : il m’a été demandé de le faire en trois pages ! Défi que je considère comme un exercice fructueux ! Tant de personnes me demandent - y compris des familiers - de leur raconter de façon argumentée ce qu’il faut retenir de cette histoire. Bravo à cmetaut@iris-graphic.fr pour une maquette qui n’était pas évidente à constituer.

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