Accueil du site > 5. Ecritures > Au fil de la plume

fac-similés

Au fil de la plume

passim...au pas des pages... mixtim... pêle-mêle...

mardi 22 novembre 2005, par Etienne Ithurria

Complétant les graphismes déjà disséminés dans les articles, voici de quoi se faire une idée (eïdon) de cette (ou ces) écriture(s) : ensemble, variations, et, bien sûr, propos. Rappel : marges de 2 cm environ, lettres minuscules, à la limite de la lisibilité, mais résistant bravement et bellement à la macrophotographie.

Titre du libraire Jacques Du Puis Puteani jouant du puits évangélique de la Samaritaine. Je résume à ma façon :

Je te donnerai une eau telle que plus jamais tu n’auras soif (Jean IV, 14)

MODE D’EMPLOI pour briller en société.

Ami lecteur, voici une bonne réserve de propos de personnages divers, en toutes situations de la vie. Digest. Best of.

AMICITIA : un thème qui intéresse notre scripteur.

deux amis ne se doivent quereler tronchet...

Amicitia, suite...

nous amities sont images et semblances de celle premiere que la nature a imprime en nous laquelle nous devons reverer et honnorer mor(alia) 259 laffection damitie doit estre moderee mor(alia) 334

CORRECTION à l’économie comme Montaigne dans son L’Angelier.

Table du lycosthenes scripteur au travail...

Montaigne corrige dans son édition de 1588 p. 147

L’ENIGME du supra de notre scripteur, retrouvé dans le Lucrèce de Montaigne, un s with two dots above, comme dit Screech...

VARIATION

Profitons-en pour constater ci-dessus la diversité des 3 H dans la foulée d’une même référence ! Soumettons séparément pour expertise les mots phavorini et philosophi avec sa barre abréviative : si l’on tranche en myope exclusivement à partir du h, voici déjà deux scripteurs !

Encore - lyc.252 - 2 H bien différents dans la foulée de philotimus... au phtisique... (Essais 946 B)

Encore 2 graphismes du h différents, dans une même coulée, au bas de cette entrée De coitu & venere - lyc.165 - où le scripteur porte, selon un type de renvoi qu’on retrouve chez Montaigne, par ex. in Lucrèce (édit. Screech p.248) huc pertinent...

huc refer(ri potest) val max 173 in pr. in pr sophoclis...

Comprendre : pour ce thème on peut renvoyer à... soit à Valère-Maxime, lequel, en effet, évoque un Sophocles heureux d’avoir assez vieilli pour ne plus être tourmenté par l’amour, s’entend le sexe. Le scripteur à lyc.60 avait déjà signalé en se renvoyant aux moralia d’Amyot cette fois que

Sophocles sestime bien aise destre eschappe de lamour...

Point de vue que ne partage pas un Montaigne jugeant de fait un Sophocles que les spécialistes ont de longue date repéré dans ce passage (Pochothèque p.1273) :

" Au demeurant je hais cet accidentel repentir que l’âge apporte. Celui qui disait anciennement, être obligé aux années, de quoi elles l’avaient défait de la volupté, avait autre opinion que la mienne : Je ne saurai jamais bon gré à l’impuissance de bien qu’elle me fasse..."

Encore une focalisation du scripteur sur un personnage et sur un thème, occasion de noter :

- que le scripteur dans ses notes observe et relève des fragments sans porter de jugement personnel (mode de lecture).

- que Montaigne lui s’oppose éventuellement et tranche : pas d’accord avec Sophocles qui pensait que...(mode d’écriture).

Et maintenant place aux h h ... h u c sop h oclis

Montaigne comme le scripteur s’intéresse à Zeuxidami ( Essais 168 A ) pour illustrer la supériorité des faits sur les paroles. Au-delà de l’intérêt d’une focalisation sur ce thème et sur ce personnage, scrutons ici - respectivement lyc.255 et lyc.919 - les lettres " e " et " d " de notre annotateur pour ce nom propre... Très fort grossissement, qui ne doit pas nous faire oublier le graphisme de ce scripteur : nous passons de deux centimètres de largeur environ à 15 centimètres ici !

Belle leçon, non seulement paléographique, mais aussi pour notre recherche sur le Lycosthenes : une vision globale, intégratrice, doit de façon permanente s’accompagner d’une exigence analytique sur les détails de toute nature. Ici, le global nous dit immédiatement que ces deux graphismes sont du même scripteur ; mais l’examen des détails nous renvoie aux variations. Il s’agit pourtant dans un seul ouvrage d’un même scripteur attentif au même personnage pour des raisons qui le regardent. Infime et ensemble s’opposent, s’éclairent, se parlent et se répondent. Hypostasier l’un aux dépens de l’autre constitue une infirmité méthodologique qu’on retrouve aussi bien dans certaines expertises réductrices, englouties dans le pixel ou le gène, que dans des projections naïvement totalisantes. C’est ce que m’apprend cette recherche.

COORDINATION CONJOINTE :

ou quand scripteur (lyc. 669 de malitia) et Montaigne coordonnent de concert, là où Amyot relativise... je veux dire joue du pronom relatif :

Le Roy Philippus fit un amas, des plus meschans hommes et incorrigibles qu’il peut trouver, et les logea tous en une ville qu’il leur fit bastir, qui en portoit le nom. (Essais 956 B)

Amyot porte p. 669 :

... Philippus fit un amas des plus meschans & incorrigibles hommes qui fussent de son temps, lesquels il logea ensemble dans une ville qu’il fit bastir...

1) Statistique :

pour la seule occurrence du mot amas de notre scripteur,

2) Thématique :

il s’agit d’une focalisation conjointe Montaigne/scripteur sur Philippus et l’anecdote précise de Poneropolis.

3) Stylistique :

tous deux opèrent une coordination aux dépens de la relative donnée dans leur source commune.

Statistique, thématique, stylistique convergent.

QUAND L’ECRITURE SE FAIT TRES EXCEPTIONNELLEMENT AMPLE...

JEU DE/DES

A lyc.218. Le scripteur écrit...

des ses ennemis... A rapprocher de Pléiade p. 1382 lettre au Mareschal de Matignon, où Montaigne écrit...

des ces visitations...

M. Rat pense à un lapsus, ce que je ne crois pas. Je pencherais pour une trace phonétique de prononciation locale, d’autant que le scripteur à lyc.652 écrit encore... un magistrat doit avoir soing des ses moeurs

et à lyc. 816 il écrit...

le plus grand bien des lheritage des enfans...

En revanche à lyc.669 et lyc.755 on trouve de pour des ...

il y a sous la terre de maux eternels...

prenne de presens...

C’est donc un problème paléographique de/des à traiter. Nous avions déjà signalé l’anomalie chez notre scripteur de des pour de ou de de pour des . Voir la page lyc.465, in Rencontres (p.76 de notre édition).

Dans son Lucrèce (édition Screech) p.229 : Montaigne écrit...

uniformité des la conduite

" presumably a slip for de " selon Screech, un lapsus donc comme pour M. Rat ci-dessus : ce que je ne crois pas. Plutôt une singularité montaignienne, à mon sens.

Pottié-Sperry me téléphonant pour me commander un exemplaire du Lycosthenes (édit.Slatkine), tout en formulant ses réserves sur mon hypothèse, me confia qu’il allait me donner un argument pour celle-ci :

" Il y a bien de la main de Montaigne, me dit-il, un des pour un de dans le fac-simile des Epistres dorées de Guevara (1588) ...

ce livre... est un des ceux qui le plus ma fait plaisir... in (Bulletin du Bibliophile 1997 A la recherche de la "librairie" de Montaigne p.275). Cette anomalie l’avait assez troublé pour qu’il en parlât aussi à un libraire parisien, lequel me le signala au printemps 2004.

On trouve aussi ... des toujours... in N. Gilles (Arm. XII p.57) :

Il met ceus ci à part, parce qu’ils etoënt des toujours demurès au roë d’Angleterre.

Il est vrai qu’Armaingaud interprète les mots comme dès toujours avec l’accent, ce qui est possible, mais pas nécessaire. L’expression se trouve aussi dans les Essais 87 A ... dequoy je me soy des toujours plus entretenu... et 1044 C.. par une façon que j’ay dés toujours de fuir...

Mais dans ce dernier cas je ne vois pas l’accent sur le fac-simile. De toute façon Montaigne comme le scripteur se préoccupe peu d’accents ! Je ne signale donc cette dernière occurrence que pour attirer éventuellement l’attention sur cette expression dès toujours/des toujours et la possibilité d’interpréter ce des toujours comme aussi un de toujours...

Quoi qu’il en soit les exemples précédents et de Montaigne et du scripteur sont irrécusables, ce qu’on ne peut à mon sens interpréter comme un lapsus chaque fois et de l’un et de l’autre. Et, même dans ce cas, ce lapsus conjoint serait encore plus significatif de leur identité.

Signalons au passage qu’on ne trouve jamais, me semble-t-il, l’orthographe roë dans les Essais, de quoi nous inciter à une très grande prudence dans l’expertise paléographique, en tenant compte des supports, de la chronologie, de l’ergonomie, et des destinataires.

SPIP | squelette | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0