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CAP 2004 le Film L’Enigme du Lycosthenes

une aventure scientifique et humaine

vendredi 9 juillet 2004

A l’automne prochain sera mis à la vente,(2006 donc et non 2004 comme prévu !) sans doute sous forme de souscription, le film retraçant l’aventure du Lycosthenes, depuis 1986.

NB IMPREVU Surprise et sursis

Jean Jimenez, docteur, membre du LARA, Laboratoire de Recherche en Audiovisuel, dont la thèse portait précisément sur l’intérêt de l’audiovisuel pour diffuser les connaissances scientifiques, a collaboré lors de précédents documentaires avec des historiens, des géographes, des linguistes. Ses réalisations sont en vente au Centre Audiovisuel de l’Université de Toulouse le Mirail.(contact Nathalie Michaud : nmichaud@univ-tlse2.fr).

Depuis des années il a suivi les péripéties de la découverte du Lycosthenes, à sa façon, libre et méticuleuse. La version la plus complète qui pourra atteindre I h 45 à 2 heures raconte d’abord les circonstances de la découverte aux "puces" de Saint-Sernin, à Toulouse. Puis s’enchaîne la phase du décryptage, de la mise en évidence de la librairie du scripteur, sans négliger les premiers contacts avec des seiziémistes. Se dégage progressivement l’hypothèse montaignienne en évitant toute polémique, mais en argumentant à partir d’extraits de conférences à Bordeaux et à Toulouse, mais surtout en fouillant les graphismes du scripteur. Jean Jimenez en bon connaisseur de toutes les possibilités de l’audiovisuel fait mieux qu’illustrer la démarche du chercheur, il l’accompagne dans une saine complicité, de façon pédagogique et attractive.

Voici le texte du dossier explicatif remis par Jean Jimenez lors de notre intervention pour le Colloque Moralia et Oeuvres morales à la Renaissance organisé par Olivier Guerrier en mai 2005 à l’Université de Toulouse.

L’ENIGME DU LYCOSTHENES,

une aventure scientifique et humaine.

Un petit livre du XVIe siècle, trouvé par hasard au marché aux puces de Saint-Sernin, à Toulouse, en 1986, objet d’un documentaire scientifique. Presque vingt ans après cette découverte, ce film suit pas à pas les travaux de recherche d’Etienne Ithurria. Construit comme une enquête policière, il explore, une à une, les différentes pistes laissées par l’annotateur inconnu qui a greffé des notes manuscrites en marge de l’ouvrage. Les énigmes, fort nombreuses, finissent par se résoudre. Ce Lycosthenes est fait de chemins de traverse pour mieux parcourir le répertoire humaniste et son scripteur est, à bien des égards, montaignien : profil, mobile, modus operandi, sources, librairie, vocabulaire, autorthographe, recoupements, focalisations, circulations, autant dire navigation en hypertexte. Est-ce ou non Montaigne ? Cet enjeu éclaire à la fois la persévérance du chercheur et les réticences de certains membres de la communauté scientifique française.

1- Un film de vulgarisation scientifique ... pourquoi ?

La télévision, l’audiovisuel sont des modes d’appropriation de la culture populaire. Pourquoi ne permettraient-ils pas également de transmettre la culture scientifique ? C’est l’idée majeure qui nous anime et c’est la raison pour laquelle nous accompagnons parfois les enseignants-chercheurs de l’Université de Toulouse-Le Mirail sur certains terrains de recherche. En effet, il existe au Centre Audiovisuel et Multimédia de cette université une structure de production de films documentaires destinés à faire connaître le travail de ces chercheurs auprès de publics plus larges. En règle générale, les sciences ou domaines de recherche qui se prêtent le mieux à ce travail de valorisation sont des disciplines comme l’histoire et surtout la géographie... physique et humaine. Par contre, le domaine des lettres, classiques ou modernes, est relativement peu traité... peut-être en raison du support : le livre, objet statique, s’opposerait-il à l’image et au discours filmiques ? Ici, avec cet objet irradiant, ce n’est pas le cas. Ce livre a les moyens et les ressources de nous entraîner dans un voyage palpitant, à la fois à travers le temps et à travers les hommes et les techniques.

2- Destinataires

L’idée de départ était ici de faire un film qui raconte l’aventure d’une découverte, un film grand public destiné à faire connaître cette trouvaille qui va se transformer petit à petit en découverte. Un film pour les étudiants mais aussi pour les élèves du secondaire... sans oublier la communauté des chercheurs qui pourraient bénéficier, grâce au film, d’un survol rapide sur ce vaste chantier de recherche. Au final, il s’avère que c’est, la plupart du temps, le grand public qui se montre le plus intéressé par ce genre de sujet.

3- Un parcours pédagogique

Ces images, relevant de la science, au sens de parcours pédagogique pouvant éclairer un non spécialiste, pouvaient-elles se mettre en récit pour raconter une histoire, apporter une sorte de vérité et transmettre un savoir ? Il était difficile pour moi de me dire que je pouvais prétendre à la fois montrer le parcours de recherche d’un scientifique, faire connaître l’histoire du livre, en expliciter ses contenus, formuler les hypothèses de recherche du scientifique et raconter tout cela dans un récit filmique qui soit à la fois pertinent et ludique.

Dès que l’on pense à la fabrication d’un film, il faut trouver des éléments, une trame, de la matière pour étayer les 26 ou 52 minutes de durée.

Ici, nous disposions d’un vieux livre, âgé de près de 450 ans, un personnage central, le chercheur, une découverte, un milieu scientifique (relativement indifférent, qui met beaucoup de temps pour « s’allumer » devant cette découverte) et une dramaturgie possible, avec la tension d’un récit pouvant s’organiser autour de différents éléments (des indices, des pistes, une identification et un suspect et des preuves) vu ainsi, cela ressemblait déjà à un polar, mais un polar autour d’une œuvre littéraire. Comment construire un film avec ces quelques ingrédients ? Sur quoi pouvais-je jouer pour développer un scénario, une écriture qui donne à ce film une texture, une histoire, un développement, une tension ?

Autour de ce chantier, il existait divers facteurs sur lesquels je pouvais m’appuyer pour organiser mon récit. Par exemple, le facteur temps qui me paraissait très séduisant :

- un chercheur qui fait les puces de St-Sernin parce que, en réalité, il se refuse à laisser à la merci du temps et des intempéries certains objets, certains livres ;

- le temps de la trouvaille et le temps de la découverte, le temps des intuitions et le temps de la recherche, le temps du doute et le temps de faire la preuve.

Cette recherche scientifique a été longue et ce film s’inscrit lui aussi, par la même occasion, dans une dimension temporelle très longue. C’est le film le plus long et celui qui m’a demandé le plus de temps pour mûrir, progresser et aboutir à quelque chose... cela, bien sûr aussi, parce qu’il était intimement lié à l’avancée de cette découverte et tributaire de la progression du chercheur.

Un autre facteur c’était le facteur image ; là il y avait plusieurs objets qui pouvaient m’aider : le livre lui-même, ce Lycosthenes annoté, un objet très bien conservé en dehors de la couverture, un beau livre, avec une belle typographie, de jolies lettrines, et surtout avec 6589 notes manuscrites... de magnifiques surgeons posés délicatement dans les étroites marges de cet ouvrage par une main inconnue, et qui, de toute évidence accordait une grande valeur à cet objet. Le voyage au sein de cette écriture quasi microscopique, grâce au zoom puissant de la caméra et aux nombreux plans en macro très prononcée, me donnait déjà des frissons lors d’un premier contact avec le livre. Par la suite, cette série de plans en macro allaient s’avérer être déterminante dans la trame du film et dans son habillage esthétique. Ce livre, le Lycosthenes, est beau, mais les autres livres le sont eux aussi : les gros Amyot, (surtout la volumineuse édition Vasconsan in folio des Moralia ainsi que les Vies des hommes illustres), le petit Macault, traduction des Apophtegmata d’Erasme, du latin au français, le minuscule Guicciardin, l’édition Gryphius des Apophtegmata d’Erasme... tout un monde de l’édition qui pourra apporter une patine, un côté « vieux livres » à ce film.

Le facteur image pouvait être aussi complété par un peu d’iconographie ancienne avec quelques portraits de personnages, par les images que nous avons pris le soin de filmer lors de la phase de restauration du livre, et il me restait le chercheur dans un contexte de travail, de conférence ou alors parlant face à la caméra, explicitant quelques éléments de sa recherche. Et cela, cette dimension de la recherche incarnée dans un personnage, dans un chercheur c’est un aspect des plus précieux, du moins me semble-t-il, dès lors que l’on essaye de communiquer, de valoriser une recherche auprès de différents publics non spécialistes.

Le livre, de son côté, avec son contenu, ses milliers de sentences, ses personnages (ceux du livre lui-même mais aussi ceux du scripteur anonyme), avait une force et offrait par lui-même un grand intérêt, tout simplement parce que l’on y apprenait beaucoup de choses. Le contexte éditorial de ce livre : les formats (in folio, in quarto, in octavo, in seize, etc.) mais aussi le contexte historique, celui des bouleversements idéologiques profonds de la Renaissance, d’une époque trouble avec les guerres de religion, mais animée aussi par le courant d’idées humanistes... Il me semblait que je pouvais trouver suffisamment de choses à tisser pour faire un film de divulgation scientifique qui puisse soutenir l’intérêt du spectateur en raison des différentes implications : chercheur, milieux, recherche, livres, éditions, témoignages, disciplines abordées : paléographie, études de vocabulaire et de l’orthographe, comparaison des librairies du scripteur et de Montaigne...

Tout cela devant être servi ou relayé par un minimum de dramaturgie. L’enquête type enquête policière semblait être l’approche la mieux adaptée pour donner un peu de suspense ou d’intérêt à ce projet filmique, faire monter à l’écran l’image d’un suspect qui deviendrait de moins en moins floue ou de plus en plus nette selon la manière dont on veut bien voir les choses.

4- Implication personnelle et démarche

Bien entendu, se posait très vite la question de l’implication personnelle dans le traitement de ce sujet. Comment garder une distance par rapport à la découverte, à l’enquête ? Comment parler de l’hypothèse formulée par le chercheur sur l’annotateur anonyme de ce livre et rester neutre pour garder le plus d’objectivité possible ? La notion d’objectivité a-t-elle d’ailleurs un sens dès lors que l’on est confronté à un découpage du réel, par thèmes, par niveaux d’intérêts, par choix de personnages, par résolution d’énigmes ? De plus, connaissant le chercheur, (qui a été d’autre part mon directeur de recherche sur un doctorat consacré à la médiation scientifique par le biais de l’audiovisuel) comment ne pas m’impliquer dans cette recherche ? La chose paraissait difficile dès lors que notre centre audiovisuel avait épaulé et soutenu techniquement le chercheur depuis le tout début de sa découverte.

Un autre écueil à éviter, c’était celui de la masse de données dont je disposais. Le chantier, s’il est très vaste pour le chercheur isolé, il l’est aussi pour le cinéaste qui doit « ingurgiter » toutes ces connaissances pour pouvoir ensuite trier, répertorier, sélectionner et hiérarchiser les différents éléments d’information. Faire des choix et les organiser de manière conséquente pour que le film acquière du sens, soit esthétique et garde une certaine dramaturgie.

5- Les niveaux d’articulation du film

Mais divulguer une recherche scientifique ou certains aspects de cette recherche suppose déjà comme préalable que l’on soit rentré de plain pied dans ce chantier de recherche. C’est donc, comme pour la plupart des films scientifiques, un film construit sur de l’écrit, structuré par la parole et appuyé par l’image. Trois niveaux d’articulation s’organisent, au sein desquels se crée une dynamique dont le film est issu :

- le commentaire off, d’une part, qui est la trame narrative du film ;

- la parole du chercheur qui tantôt répond à des questions (non retenues au montage dans le film) tantôt est saisie lors de conférences ;

- la parole des scientifiques, spécialistes du seizième siècle ou de Montaigne, dialoguant avec le chercheur, parole qui est censée apporter un peu de recul, un peu de doute ou de scepticisme par rapport à cette découverte... ou, au contraire, adhérer à l’hypothèse du chercheur.

Ces différents niveaux s’articulent à l’intérieur de la trame narrative, construite autour d’un texte, suivant des stratégies de mise en scène que nous avons voulu relativement simples. Pas de dispositif fictionnel, même si l’éventualité d’un tel traitement filmique s’est posée à un moment donné de notre travail de conception. Dans l’imbrication des discours, la parole du chercheur est essentielle, celle du locuteur du commentaire off, même si elle construit le discours dans sa linéarité, apporte surtout des informations complémentaires et permet les liaisons, ainsi que l’introduction et la conclusion du film.

Peu de chercheurs, de spécialistes ont accepté de participer à ce film, d’être interviewés. La parole des chercheurs, de différents confrères ou spécialistes était un axe de travail qui me paraissait fort séduisant car les critiques, les avis contradictoires ou divergents auraient pu faire avancer à la fois le film et la recherche elle-même. Deux d’entre eux ont accepté de se prêter au jeu de l’entretien filmé. D’autres avis, d’autres regards et témoignages auraient pu permettre un type de montage plus « musclé », plus vivant... cet axe de travail n’a pas été possible et cela est fort regrettable.

Au niveau formel du montage de ce film, pour rendre compte de la spécificité - et de la complexité - du discours du chercheur, il est apparu nécessaire de construire un système qui intègre tous les niveaux d’investigation du chercheur.

Le plus facile était donc de faire un film scientifique relativement long, destiné à la communauté des spécialistes ou aux universitaires (enseignants chercheurs et étudiants, ainsi qu’aux documentalistes) et de voir par la suite, en fonction de la réception qu’il aurait auprès de ces premiers publics, comment on pourrait le décliner en 2 documentaires : l’un à destination du grand public, avec une durée beaucoup plus courte, c’est-à-dire 52 minutes pour un grand public (genre documentaires de télévision) et l’autre plus complet, un film de vulgarisation scientifique de 90 minutes, plus proche des publics universitaires et scolaires.

La masse de données collectées au cours de dix ans de tournage (heures de rushes de tournage, banc-titres comme interviews ou images tournées en extérieur) représente plus de 50 heures de matériau brut pouvant alimenter une base de données ou une banque d’images. Le film actuellement monté a une durée de 134 minutes car il est destiné essentiellement à une utilisation en DVD. Il est construit autour de 21 chapitres (ainsi qu’une introduction et une conclusion) qui permettent une progression dans la connaissance de ce chantier, un peu à la manière dont le chercheur lui-même a progressé dans ce recueil et cette recherche extrêmement vaste. Les différentes thématiques abordées dans le film sont les suivantes :

- Les prémisses d’une recherche
- Quel est ce livre ?
- Lycosthenes, l’homme
- Loci comunes, les réparties des anciens
- Recoupements singuliers
- Montaigne et le scripteur anonyme, question de concordance
- Librairie du scripteur (et de Montaigne)
- Annotations et profil du scripteur
- Le modus operandi du scripteur
- Les sources du scripteur
- Impacts et recoupements
- Résurgences
- Vocabulaire et dyslexies orthographiques du scripteur et de Montaigne
- Graphologie
- Distorsions, singularités et codes paléographiques du scripteur
- Réminiscences et notes infinitésimales
- L’énigme Dusouhait
- L’absent
- La réticence des scientifiques
- Fin du déchiffrage des annotations du scripteur
- Les faisceaux de preuve, LA PREUVE ?

6- Conclusion

Ce balisage, sous forme de chapitres représentés par des intertitres, a été la seule possibilité qui semblait pouvoir structurer de manière pédagogique et esthétique ce film qui fait naviguer le spectateur au sein d’un chantier extrêmement vaste. Amputer ce documentaire de l’un de ces chapitres ou d’une partie de ces chapitres était un choix qui, de toute évidence, allait entraîner une perte de sens et de compréhension pour le spectateur. La tension de cette recherche, de cette enquête allait donc s’en trouver nécessairement affaiblie. Aussi, le choix d’une telle durée allait être définitivement adopté, considérant que les notions de durée ne font réellement problème que si les films sont envisagés avant tout dans une optique de diffusion télévisuelle et une optique de séduction. Or ce n’est pas le cas ici, ce film ne voulait pas être une « simple vitrine » de la vulgarisation scientifique qui plaise à la télévision, qui démontre certains mécanismes de la science tout en les rendant inaccessibles, mais au contraire un véritable outil pour montrer à la fois un chercheur dans son travail, pour permettre une réelle approche d’un chantier scientifique... être un outil de transmission de connaissance, mais avec une réelle visée pédagogique.

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