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Ma réponse à ce compte rendu

mercredi 28 mai 2003, par Equipe du Lycosthenes

 

 

Réponse au compte rendu de Max Engammare dans la revue BHR (Tome LXII - 2000)

 

 

Ah ! Ne me brouillez pas avec la République !

 

Il faut lire et relire ce compte rendu, que je joins, labellisé BHR, du Lycosthenes annoté publié par Slatkine en 1998 :

Gratulatio...

D’emblée je remercie BHR de l’attention portée à ce que j’ose appeler un chantier ( a work in progress !) parce que c’en est un, même si plane sur ce mot pris ici avec des gants ( qu’il appelle son chantier ) une ambiguïté : l’inachèvement doit paraître suspect . Merci encore pour le sérieux de l’examen de mes travaux : 2 ans de recul, voilà qui traduit une méticulosité qui honore. Merci surtout pour enfin m’avoir ôté de la tête de façon décisive, par une réponse appropriée, une hypothèse malencontreuse, qui me rongeait. Il y a là dans ce compte-rendu une rhétorique de base : Gratias agamus à Etienne Ithurria pour cette publication de la compilation. Il a d’autant plus de mérite qu’il n’est pas des nôtres, je veux dire de la tribu savante : sa naïveté en témoigne, qui lui fait penser que le scripteur puisse être Montaigne.

On lui pardonne ses approximations, toujours en raison de sa naïveté, mais surtout on produit un argumentaire d’une qualité irrécusable ; qu’on doit prendre illico pour argent comptant (écriture, 1, 2...vive le pas de l’oie.. !), avec l’urgence compulsive des personnages importants et donc pressés, avec des faits aussi décisifs que " Inutile de poursuivre. Montaigne n’est pas le scripteur." Après un pathétique force est de répondre non, péroraison en fanfare in fine de ce chant du cygne de l’hypothèse montaignienne, tout en ayant au pas de charge reconnu benoîtement l’intérêt de ces notes "captivantes" : Montaigne a le Lycosthenes, c’est sûr, malheureusement il n’a pas annoté cet exemplaire. Malheureusement pour qui ? pour le "professeur de cinéma " qui se faisait du cinéma ?... Il est vrai que dans mon Introduction au Lycosthenes (p.85 note 3) j’écrivais : " Me voici donc conscient des erreurs et naïvetés que les spécialistes et érudits chevronnés détecteront dans cette édition. Je les remercie déjà pour leur rigueur vigilante et amicale." Comme vous le voyez, je suis bien servi. De quoi me plaindrais-je ?

Deceptio

A croire qu’on exécute encore à Genève ! Reculons-nous vers le temps des casaques à croix ou des casaques blanches ? Voici donc une sommité - Max Engammare - qui me veut du bien, mais au risque de se faire mal. J’ai attendu 8 jours pour, précisément, non pas réagir - mais répondre. En effet ma réaction eût été indignée et donc indigne, et l’on n’aurait pas manqué de manifester une compassion pour ce malheureux écorché vif douloureusement arraché à son illusion montaignienne et dont les propos lamentables auraient traduit ce désarroi, et pour tout dire, son désespoir. On s’est jadis à Genève et ailleurs illustré en cela. Nous avons une belle résurgence. Tout ici respire le parti pris. Je m’en tiendrai plus loin à ce texte que l’on peut aussi (j’y suis expert) analyser comme un clip, cursif, ironique, à usage interne, pour faire hocher d’un chef approbatif et complice la communauté des doctes, de certains doctes, qui pourront se dispenser d’aller voir de près ce qui n’est, somme toute, qu’un énième glossateur de seconde zone d’une banale compilation. Au fait, en connaît-on beaucoup de ces marginalia en français qui ne glosent pas le texte latin, mais s’en déprennent et voguent comme un esquif singulier sur la riche et lourde compilation typographique ? Si oui , rassurez Florence Callu (cf p.63 de mon introduction au Lycosthenes) et surtout Jacques Deville en lui adressant vos trouvailles. En effet, dans le Bulletin d’informations de l’association des bibliothécaires français n° 183/ 2 trim. 1999 Patrimoine littéraires p. 15, Jacques Deville s’alarme à tort en titrant  : Les manuscrits littéraires du XVI ième siècle à la fin du XVIII ième siècle : des témoins d’une extrême rareté.

Ceci étant dit pour dégager l’originalité du scripteur, ne sous-estimons pas la compilation elle-même. Quand Mélanchton compile (1521) et donc organise des Loci communes, "premier manuel de théologie" pour reprendre l’expression de Raymond E. Brown dans son Que sait-on du Nouveau Testament (Bayard édition 2000 p.606), quand Erasme compile ses Apophthegmata, quand Lycosthenes, protestant, les reprend et les amplifie, ce n’est pas, comme on a tendance à le croire, malgré les travaux qui nous alertent et que j’ai signalés dans mon Introduction, simple travail de tâcheron. L’esprit critique et la modernité sont à l’œuvre dans le vieux latin. Le Lycosthenes et son scripteur français, qui s’en démarque, ont aussi quelque complicité ! Ce qui fascine ici c’est précisément l’enchaînement, le passage, la dynamique qui défient le simplisme de nos catégories facilement anachroniques et réductrices. Il faut articuler Villey et sa Création d’un Genre (à propos des Essais issus de la compilation) et la jeune Génétique des Textes (Pierre-Marc de Biasi, Nathan Université 2000).

 

Labor

Depuis 1986 - soit 14 ans pour qui sait compter - j’œuvre sur ce livre étonnant, pour reprendre la juste expression des experts bibliophiles Francis Pottiée-Sperry et Gilbert de Botton, pourtant sceptiques en cette affaire, dans leur recherche de la "librairie" de Montaigne. (Bulletin du Bibliophile 1997). Le Lycosthenes n’étonne plus. On sait désormais grâce à Max Engammare et grâce aux collaborateurs de qualité qu’il a certainement consultés en engageant si catégoriquement la maison DROZ.

BHR a reçu sans doute (l’envoi m’en en a été confirmé par l’éditeur) le 3 ième volume de notes, intitulé précisément Rencontres, du Lycosthenes aux Essais de Montaigne, avec un Index final Des Essais au Lycosthenes (éditions InterUniversitaires 1999), où je réactualise la question par des observations détaillées que suit un entretien. J’ai tenu informée la communauté scientifique des seiziémistes, montaigniens et montaignistes, en adressant, depuis I986, tous mes documents, articles et livres à une bonne quinzaine de spécialistes. (Paris, Marseille, Bordeaux, Tours, Toulouse, Florence, Chicago, Princeton, Oxford...) En retour, outre d’ une correspondance souvent moins convenue qu’attentive et encourageante, j’ai bénéficié d’envois de travaux de qualité, qui m’ont paru, je crois à juste titre, le signe de ma propre crédibilité scientifique, aux yeux des plus grands.

Admonitio

Avant de passer à l’analyse que ne mérite d’ailleurs pas ce compte rendu, sauf à rendre service à la BHR, donc à DROZ, maison si prestigieuse que discrédite la griffure de celui dont Internet m’apprend qu’il dirige désormais les destinées de la maison, je m’astreindrai donc, non à réagir, mais à répondre au nom de la correction fraternelle, saluée comme salutaire par notre scripteur (lyc.138/139 à lire). Je suis convaincu que comme Montaigne notre rapporteur saluera la vérité d’ où qu’elle vienne. Au stade de l’édition Slatkine ici en cause - texte de 1994 publié en 1998 - cette vérité n’est pas l’identification montaignienne, mais la présentation scientifique d’un livre (fac-similé et transcription) accompagnée de la formulation ouverte de l’hypothèse montaignienne, qu’il fallait bien développer si l’on voulait progresser, serait-ce pour l’infirmer. On ne peut réfuter que ce qui s’affirme, se déploie, et se risque.

Candidus

J’avais donc évoqué , il est vrai, ma naïveté - interprétée ici comme une perfide captatio benevolentiae, nécessaire... (sic) pour masquer sans doute une marchandise frelatée. Pauvre lecteur embarqué malgré lui dans cette galère. Je ne me croyais pas un tel pouvoir de séduction ! Mais j’avais précisé immédiatement, dans la même page, rédigée, j’y insiste, en 1994, que candide je l’étais moins, non par quelque mérite cornélien, mais par le cheminement que m’a proposé, puis imposé ce scripteur (ou ces scripteurs) Aujourd’hui, en 2000, candide je le suis moins encore, sauf, je le concède, dans l’analyse pertinente des rapports de force éditoriaux, des juridictions parfois quasi tribales de certains experts et spécialistes : j’ai ici beaucoup à apprendre et j’apprends vite. Je ne suis inféodé à aucun suzerain ; en témoignent la diversité de ceux qui m’ont publié, les rapports parfois difficiles, avec ceux qui ont eu le courage de faire connaître cet objet insolite et la recherche afférente : la revue Littératures de mon Université, RHR, Slatkine, les Editions InterUniversitaires... C’est donc comme libre et de bonne foy que je me suis adressé à chacun. Je suis bien conscient d’être à beaucoup d’égards off, comme on dit, dans l’appréhension des enjeux de tous ordres. La lourde responsabilité d’enseignant-chercheur dans le Cinéma et la Télévision ne m’a guère laissé le temps de frayer avec les spécialistes du XVI ième siècle : en revanche, je les ai lus, et, dans mon introduction, j’ai indiqué que mes remerciements allaient d’abord à tous ceux qui apparaissent dans ma bibliographie, dont Droz et BHR... Je leur redis ici, vivants et morts toujours vivants de la vivacité de leurs travaux, ma reconnaissance et ma très sincère estime, aux connus comme aux moins connus ou méconnus.

Quis ad quem ?

Mais puisque je sais qui parle dans ce compte rendu, à savoir Max Engammare, dont encore une fois Internet me donne le profil - ouvrages sur la Bible au xvi ième sièce, découvreur émerveillé avec sa femme de sermons de Calvin en 1995...the wonderful discovery...he was flabbergasted... prise de position contre le pillage éventuel par les numérisations, il convient à mon tour de préciser un peu le mien, dont on verra qu’il n’est pas si étranger aux préoccupations de notre critique. Une thèse d’Etat sur la TV, un enseignement de Cinéma n’ont effacé ni 4 ans d’exégèse et de théologie, ni une Agrégation de Lettres classiques.

Ma bibliothèque comporte un nombre impressionnant d’ouvrages concernant Erasme, Calvin, Luther, bref la Réforme sous toutes ses formes...La Dispute de Lausanne (1536) en édition savante de Neuchatel (1928) par Arthur Piaget, m’a beaucoup occupé et reste en bonne place dans ma "librairie" non seulement pour les questions doctrinales, mais pour l’importance du français et des partenaires en vif débat dans ce manuscrit. J’ajoute que mon "chantier" met en évidence, notamment au travers des éditions Goulart d’Amyot une certaine complicité entre notre scripteur et l’infatigable S.G.S (Simon Goulart Senlisien). Il se trouve enfin que mon vade-mecum (je n’ose dire mon bréviaire) est une édition savante du Nouveau Testament (grecque et latine) que je (et qui me) pratique depuis les années 60 : cet ouvrage utriusque linguae d’un jeune séminariste tué à EL MILIA (Algérie I958) me fut confié, pour en faire bon usage.

Dommage que mon site Lycosthenes n’ait pas fait l’objet de l’attention de Max Engammare : il eût au vu des derniers développements manifesté plus de prudence. A moins évidemment que d’emblée la messe - et c’est un comble, à Genève - n’ait été dite !

 

Expertae/Experti

Voici pour affiner mon profil à la lumière extérieure cette fois les appréciations concernant mes travaux et notamment les volumes parus chez Slatkine, ici en cause. Je tiens à disposition les noms de ces personnes qui se reconnaîtront et que je ne tiens pas pour l’instant à mêler ici à notre farine. Ces savants me consolent de ce que je considère comme un mauvais coup - je parle du texte, non de l’homme (à lui de trancher qui sait si bien trancher), texte dont on voit qu’il est condescendant, injuste, et surtout révélateur d’incompétence. Voici des propos d’experts : certains fréquentent diverses instances scientifiques, dont BHR et DROZ.

Une montaignienne reconnue, 1995 : ...j’ai dit à Claude Blum mon avis favorable (sur la présentation du Lycosthenes). Personnellement j’aime assez les aspects "autobiographiques" d’une recherche...

Un montaignien éminent, 31/3/1995 : Cette fois ci pas d’erreur : c’est bien votre Introduction au Lycosthenes décrypté que j’ai lue et relue ces jours derniers, et qui me paraît vraiment très bien conçue, avec un dosage savant d’enthousiasme et de prudence.

Un érasmien de haute volée, 24 novembre 1998 : Voici enfin ce fameux Lycosthenes dont vous m’aviez entretenu il y a plusieurs mois, et qui voit le jour, avec son accompagnement prodigieusement intéressant des notes transcrites. Vous avez pleinement raison de faire, à propos de l’hypothèse Montaigne scripteur, qui vous est chère, les réserves prudentes qui ne pourront que vous attirer la sympathie et la considération des doctes...(sic, c’est gagné grâce à BHR !)...Le même, le 10 septembre 1999 : Je suis heureux que votre persévérance, complément indispensable de votre coup de chance, ait triomphé de tous les scepticismes du début. Je suis heureux aussi de vous avoir fait confiance sans aucun préjugé universitaire. Je me reporte assez souvent à votre belle publication, et j’avoue être de plus en plus convaincu de la paternité des notes du lycosthenes ! Bravo !

Une Amie de Montaigne, grande spécialiste reconnue du seizième siècle : Cher ami, Bravo pour cette édition magistrale, dont j’ai connu les débuts et la somme d’efforts et de travail qu’elle représente.

Un spécialiste incontesté d’Oxford, le 28/9/99 : Le travail que vous avez fait pour rendre accessibles ces marginalia précieux est vraiment héroïque, et je vous en félicite très chaleureusement. Nous autres seiziémistes vous serons longtemps redevables d’avoir ainsi éclairé pour nous un domaine essentiel pour la compréhension de l’écriture aussi bien que de la pensée de cette époque. Et le nom de Montaigne plane de toute évidence sur ce labyrinthe textuel, même si on ne peut pas démontrer absolument qu’il offre le fil d’Ariane, la clé de l’énigme, le mot de la dive bouteille.

Une montaignienne avertie, le 15/2/00 : Pardon, cher ami, de tant tarder à vous remercier de tous vos envois sur le Lycosthenes. J’admire profondément les patientes recherches de vos Rencontres. Quel travail ! Quelle conviction ! Et vous savez la faire partager.

Un spécialiste de Plutarque et de Montaigne, le 10/10/99  : Je suis heureux de voir que votre Lycosthène montaignienne est de plus en plus admise comme méritant un examen sérieux de la part des spécialistes...Le même, le 26 janvier 2000 : Et j’admire autant votre science sûre et large.

Un helléniste, spécialiste de paléographie et de Plutarque, de notoriété internationale, le 7 août 1999 : Je vous suis très reconnaissant de m’avoir offert en souvenir de Plutarque, une des lectures favorites de Montaigne, les deux articles si heureusement complémentaires, où vous narrez les étapes de vos réflexions et la progression d’un travail qui réclamait tant de patience attentive... Que tous les spécialistes de Montaigne ne soient pas également convaincus ne peut surprendre, mais les arguments que vous avancez, de fond...ou de forme...méritent réflexion, pour ne pas dire de but en blanc réclament l’assentiment... Tout heureux de cette prise de contact, je vous adresse mes félicitations et mes vœux pour la reconnaissance de votre découverte. Le même, à réception de l’édition Slatkine : Votre introduction du tome 2 m’intéresse tout particulièrement en ces jours où je suis plongé dans les soixante premières années du XVI ième siècle hellénisant. Mais je peux vous dire - ou plutôt vous redire, car je l’ai déjà fait de vive voix à notre première rencontre - mon admiration pour le travail que représente la transcription des notes.

Isabelle Konstantinovic

J’arrête. Des appréciations de cette trempe il y en a d’autres. De franchement négatives, pas. J’en exclus de dithyrambiques. Mais je ne peux passer sous silence la lettre émouvante d’Isabelle Konstantinovic qui publia chez DROZ son MONTAIGNE ET PLUTARQUE, sous la direction de Robert Aulotte. Les 2000 renvois à Amyot du scripteur confirment, complètent son remarquable et patient travail. Isabelle Konstantinovic m’écrit de Belgrade le 10 mars 1999 : Toutes mes félicitations, les miennes et au nom de tant de lecteurs, pour votre grand travail sur lycosthenes accompli ! (sic) Quelle expérience pour vous et quel trésor vous nous avez donné là ; et même un 3° vol. sur Lycosthenes vers les Essais...Cet été je compte passer un mois à Paris si... Les points de suspension sont d’elle qui pressent les bombardements. Elle finit :Voudriez-vous que je propose donc un compte-rendu, surtout pour votre troisième volume, à Mr Dufour pour la BHR ?

A méditer comme un rendez-vous manqué, avec Isabelle et BHR. Depuis, je n’ai pu la joindre.

Honestas

Revenons au compte rendu. Condescendant, ai-je dit. Inutile de convoquer un exégète. Relisez en goûteur d’encres, comme dirait le connaisseur Jean Guénot, rédacteur de la revue J’ECRIS, cette "apologie" dont j’ai l’ingratitude de suspecter la teneur. Le ton est sans appel. Ni bon vin ni précieux vinaigre. Acre et patelin  : il serait trop aisé de... blâmer avec excès... E. Ithurria a beaucoup travaillé... E. Ithurria nous met sur la piste judicieusement... Au fait quelle piste précisément ? Me voici thésard sous la tutelle d’un jury qui se rassure de son estrade pour ne pas s’inquiéter de son ignorance. Cela se trouve. Nous connaissons bien cette onctuosité qui se prémunit de tout feed-back , qui n’en a pas usé ?... : Un grand merci donc au "professeur de cinéma" qui a fait un superbe cadeau aux spécialistes de la Renaissance... dont évidemment il n’est pas. Diable, vite, où est passé mon haut-de-chausse ? Voilà qui me rappelle l’aimable et exclusive réflexion d’un collègue  :" Vous avez eu la main heureuse." Et sans doute la tête creuse !

Injuste, ai-je dit, je parle encore une fois du texte et je ne fige donc pas l’auteur dans ce qualificatif. Comme aurait dit Montaigne Max Engammare et son texte sont deux, même si celui-ci , signé, émane, en principe, de celui-là. Mettons le prêche et le prêcheur à part comme le recommandent, en chœur, et Plutarque et Amyot et Montaigne et le scripteur (lyc.p. 804).

Quand on représente une revue BHR et une maison DROZ prestigieuses, avec une fondatrice et des collaborateurs admirables, qui ont constitué et constituent un fonds d’une qualité exceptionnelle, et ce, dans la durée, quand on s’affiche, à juste titre, encore sur Internet, comme l’éditeur de chercheurs confirmés, avec des ouvrages patiemment mûris en dehors des célébrations éphémères, peut-on, honnêtement, en raison même de la notoriété, de la crédibilité, et donc de la responsabilité dont on est investi, cautionner un tel raccourci, expéditif, sur une recherche, qui, à ce jour, ne m’a valu que du respect de la part de personnes si diverses ?

Que si l’on rétorque obliquement que la qualité de mon travail n’est pas en cause (sapristi ! Relisons le compte rendu !), qu’il s’agit seulement de l’hypothèse montaignienne,venons-y.

Lecœurdusujetenfin. !Commequelques lignes ont suffi pour infirmer de façon décisive l’hypothèse montaignienne, quelques lignes nous suffiront pour révéler l’incompétence

ici

de notre rapporteur...

Satura

Me reprocher d’avoir brandi le mot attrempance pour opérer un rapprochement significatif , alors que je veux simplement situer notre homme dans le XVI ième siècle, donc évidemment celui de Calvin, c’est me faire un procès d’intention. Mes travaux mettent en évidence bien d’autres rapprochements significatifs et relevés comme tels ! Qu’on s’y reporte. Avec Leake et Lyc. ! Les montaigniens comprendront, ceux qui me lisent.

Pour la présentation peu méthodique je renvoie aux attestations supra.

L’insolite... d’une Marguerite qui n’exclut pas une pâquerette, c’était en passant un clin d’œil aux femmes d’aujourd’hui pour indiquer l’exception qu’elles représentaient statistiquement à l’époque dans les lettres ! J’aurais pu jouer aussi de Louise Labé ! De quoi n’eussé-je pas été accablé !

L’intrusion d’un Omar m’a tuer fait aussi problème, alors qu’il s’agit d’une mise en garde très ferme sur les expertises fragmentaires des fragments ! Ignore- t-on que des experts de l’humanisme ont été convoqués pour l’affaire Omar et pour l’affaire Villemin ? Puisque j’ai évoqué cette question de l’expertise ès écritures, le décès du regretté Desgraves, compétent s’il en est, me donne l’occasion de lui rendre hommage : c’est de lui qu’il s’agit, entre autres, à la page 108 de mon introduction. C’est lui-même qui me fit part de sa prudence à propos du Lycosthenes, prudence qui m’a été confirmée par un ancien Président des Bibliophiles de Guyenne, de ses amis.

Que la présentation puisse faire problème - notes et corps du texte - j’en conviens. Tous nous ne pouvons pas tout.

Approximatio

J’aurais apprécié des exemples clairs de mes propos approximatifs, surtout de la part d’un critique qui ici use comme de vieilles chevilles d’adjectifs aussi aigus et précis que annotation passionnante... informations captivantes avec une conviction, disons-le pour l’imiter, vibrante, mais surtout avec un art du zapping inattendu et plutôt désinvolte : la critique interne à peine effleurée est en effet aussitôt escamotée, je parle de la signification essentielle d’Amyot, je parle de l’importance et de l’influence des Italiens comme Guazzo, Bandello, je pense à Macaut, gentil traduisant pour reprendre l’expression de son ami Marot, Macaut qui préfigure Amyot, Macaut expédié ici dans un Erasme édité en français tellement rigoureux qu’il fallait deviner, je pense aux Ordonnances royales auxquelles un Abel Lefranc de grande et belle mémoire nous demandait d’être attentif, je pense aux Géorgiques si chères à Montaigne, je pense aux Epîtres de Pierre et de Paul si présentes chez notre scripteur et chez Montaigne, quelle que soit l’interprétation qu’on en donnera. Escamoté aussi le profil du magistrat, avec une allusion d’ailleurs justifiée, à Martin Guerre, cependant qu’on néglige toutes les entrées si riches de la justice, des lois, des juges où le scripteur intervient intensément. Aux oubliettes aussi le profil militaire... En quelques lignes cela pouvait être dit. Aurait dû être dit.

Il vaut mieux en effet, pour Max Engammare, s’attarder (note 4) sur une erreur de montage, pour aller à l’essentiel.

Signa

Le 1566 ne fait pas problème : lieu insolite, nous dit-on. Trouver une date dans les pages de garde, est-ce insolite ? Montaigne s’est-il engagé par contrat à ne répéter les dates, systématiquement, que là où elles doivent être en fonction des caractéristiques des ouvrages authentifiés à ce jour ? Il y a des façons de se référer au passé qui sont saines et pertinentes, mais quand le passé obstrue la possibilité même d’admettre du nouveau, il y a faute et maldonne. Un exemple : le scripteur pour supra porte un S surmonté d’un tréma. On aurait donc pu m’objecter que ce code n’existe jamais chez Montaigne, sauf qu’on le découvre aujourd’hui (un S with two dots above, nous dit M Screech) dans le Lucrèce annoté par Montaigne, publié aux éditions DROZ (1998), ce Lucrèce auquel Max Engammare se réfère si légitimement et parfois maladroitement quand il comparera les chiffres du Lycosthenes (note 5) qui s’étendent sur plus de 20 ans aux chiffres de 1564 ! Ce code de supra est inconnu des paléographes. Il est donc propre à Montaigne et au scripteur. Faux : c’est moi-même qui le découvre dans Le Livre annoté, excellent numéro, signalé à juste titre dans la note 6 de Max Engammare, et je le trouve dans les marges, de la main de deux magistrats, Claude Dupuy et Henri de Mesmes. La singularité du code devient une rareté, mais profile le scripteur. Cette question du supra, un détail digne d’attention, qui relance la question paléographique, à partir d’une publication de DROZ, n’est même pas évoquée par notre homme. N’a -t-on pas eu en main Lettres Actuelles où j’ai moi-même rédigé un compte rendu de ce Lucrèce ? DROZ, qui m’a fourni un précieux exemplaire se désintéresserait donc des comptes rendus concernant ses propres publications ?

Enfin, et pour terminer sur ces pages de garde, pourquoi ces élucubrations sur les chiffres ...il pourrait s’agir du prix d’achat en 1566, 40 sous, ce qui serait cependant très cher, même pour un volume de près de 1200 pages considéré déjà relié... alors que sous l’Ex Libris le prix est indiqué, parfaitement lisible, soit 25 sols ! Je l’ai d’ailleurs indiqué à la page 32 de mon introduction. Le fac-similé est ici même à la page 14 du dossier précédent. C’est en effet un prix plus raisonnable. De ce point de vue Max Engammare calcule juste, mais il voit mal. Observez ce chiffre 2 au passage pour exclure Montaigne, puisque la preuve est là !

Integritas

Que l’on me reproche d’avoir dans un travail de cette nature respecté la version diplomatique, on tombe des nues. Sachez donc que lors de la préparation de l’édition, le corpus manuscrit fut par une maladresse affecté d’une ponctuation automatique ! J’ai dû reprendre à la loupe tous les graphismes. Au moment où André Tournon reprend une édition des Essais (1592) pour respecter les traces de la ponctuation montaignienne, s’en prendre au respect scrupuleux du manuscrit me paraît stupéfiant ! J’aurais dû me prêter à un saucissonnage personnel pour faciliter la lecture. Où sommes-nous ici ? Je rêve, comme dit Montaigne.

Quant aux abréviations elles sont si notoires -tilde abréviatif, une sorte de 9 final pour un -us final, Xtu pour Vertu, q3 pour que, inf pour infra, un s surmonté d’un tréma pour supra, comme on l’a vu, cela n’offre aucune difficulté pour le spécialiste et le praticien de ces textes, d’autant que si la typographie souffre çà et là d’une mauvaise qualité, la partie manuscrite, agrandie (110,5 %) est d’une lisibilité exceptionnelle par rapport à l’original. Ne valait-il pas mieux privilégier le manuscrit ? De toute façon nous ferons un cédérom, et en couleurs, pour répondre aux préoccupations de Michel Simonin à propos du l’Angelier, dans son débat avec André Tournon, dans la dernière livraison des Amis de Montaigne.

Scriptura : varietas...

Contre l’hypothèse Montaigne : l’écriture bien sûr ! Le ton est péremptoire, et d’autant plus irrécusable qu’il masque, on le verra, l’inanité d’un propos présomptueux. Cymbalum tinniens. Voici l’ECRITURE de Montaigne hypostasiée ! Dans mon introduction (p.34) j’ai largement indiqué l’importance des recherches sur l’écriture. Et la revue Sciences Humaines vient de sortir un numéro fort riche sur Les logiques de l’Ecriture (octobre 2000), qui relance notre réflexion tous azimuts, tout en rappelant opportunément que graphologies et expertises ne constituent pas une science exacte. En 1974, à Paris, un Colloque international du CNRS travaillait sur Les méthodes de laboratoire dans l’étude des manuscrits et dans le n° 184 de janvier 1987 de La Recherche on s’interrogeait sur la validité des expertises (p.58) en s’ouvrant déjà sur des systèmes automatisés  : " Comme l’écrit l’un des meilleurs spécialistes français en la matière  : " Chaque expert s’applique isolément à résoudre les problèmes qui lui sont posés, utilisant la ressource de sa culture et de son intuition, généralement pour comparer lettre à lettre." Et faute de pouvoir compléter et recouper les procédures empiriques par des méthodes expérimentales, un écart demeure entre les certitudes que réclame la justice et les aléas de l’expertise. L’actualité judiciaire se charge de nous rappeler à intervalles réguliers les périls qu’une telle situation peut comporter pour les justiciables".

Par exemple l’Affaire Thomas rappelée dans Libération (15 novembre 1979), je cite :

...il a voulu faire parler de lui , être " pris en charge". Les aveux lui ont été soufflés par la police. Bouleversé par le fait divers (nb viol et assassinat d’un enfant de 9 ans) il a gardé sur lui la photo de l’enfant et l’appel à témoins...Le dossier repose sur les aveux. Pendant trois jours le juge Robbe va s’employer à le compléter. Il pense tenir le bon bout ; l’appel à témoins retrouvé sur Patrick Thomas comporte des notes manuscrites, des détails sur la tenue de l’enfant ; un expert en graphologie est chargé de plancher ; il remet un compte rendu qui frôle la preuve formelle. L’écriture est celle de Thomas, estime l’expert, qui décrit un sujet légèrement arriéré et dangereux de surcroît. Las, les annotations, apprend-on, sont de la main du commissaire Guénot, chef de la Sûreté...

Prudemment, je propose donc ici un appendice, sommaire, mais suffisant pour traduire la complexité ! Regardez le tableau proposé en 1914 par les Amis de Montaigne qui discutaient déjà passionnément et de l’orthographe et des écritures ; ces exemples pourtant répertoriés par des connaisseurs ne sont pas exhaustifs ! Dans une séance houleuse, Mr Salles déclarait  : Un certain nombre de lettres qui ont été publiées comme étant de Montaigne ne seraient pas de l’écriture de Montaigne. Quelques-unes paraissent suspectes au point de vue de l’orthographe. Mr Armaingaud de répondre  : L’orthographe de Montaigne est si variable, dans ses manuscrits, que le point de vue que vient d’indiquer Mr Salles ne paraît pas avoir beaucoup d’intérêt (sic !). Que Max Engammare examine les chiffres 1 et 2, puisque cela lui suffit, qu’il scrute tout le Lycosthenes qui est si riche de références chiffrées, en les comparant non pas exclusivement au Lucrèce qui manifestement le fascine ou le rassure, mais qu’il entame une initiation sérieuse de tous les autographes  : L’Angelier, Quinte-Curce, Nicole Gilles, Arrests parlementaires, Beutherius, correspondance... Montaigne a des écritures ! En cette affaire il faut, et c’est une règle absolue quand on prétend trancher de façon décisive, comme ici, il faut, quand il existe, consulter l’original. Le débat sur le Lycosthenes donnera l’occasion de mettre à plat tous les graphismes connus, autographes ou pas, concernant Montaigne. Le naïf ici, ça n’est pas moi, mais celui qui règle , ni 1 ni 2, la question paléographique, en une ligne ! Et sans montrer d’ exemples. Si les choses sont si simples et si évidentes, pourquoi donc le Lucrèce qui comporte et tant de chiffres et tant de lettres, n’a -t il pas été authentifié d’emblée, puisqu’il s’agit de Montaigne dont L’ECRITURE est connue ! Il a fallu attendre et détecter la signature Montaigne sous Despagnet !

Consultons pour Montaigne dans la Pléiade les avis concernant la correspondance autographe ou pas, revisitons les points de vue, dans le passé, en cette affaire d’expertise, de Payen, Zangroniz, Armaingaud, Beaulieux, Villey, Rat... sans négliger les trafics et les faux au XIXe siècle ! Instruisons-nous de la naïveté de Michel Chasles, de l’Académie des Sciences, ( in Les cahiers de Science et Vie, août/sept. 2000 Michel Chasles ou l’illusion envoûtante par Ken Alder ), le physicien Michel Chasles convaincu par le génial faussaire Vrain-Lucas de disposer d’une lettre de Pascal, authentique, prouvant que Newton a dépossédé le savant français de la découverte de la gravitation universelle ! Le même faussaire fabrique aussi deux lettres de Montaigne qui parviendront jusqu’à Feuillet de Conches, grand collectionneur d’autographes ! Voulons-nous revenir aux querelles de Libri ? La critique interne plus que substantielle doit, me semble-t -il, corriger les aléas des expertises, ou du moins compléter celles-ci.

Il est plus aisé d’apposer la signature Montaigne sur un livre que de développer les notes effectivement authentiques du Lucrèce ou, si notre scripteur est Montaigne, de concevoir et fabriquer ce Lycosthenes ! ...d’autant que - voir en appendice le format réel - ces miniminuscules constituent une performance, à la limite de la lisibilité, graphies à la fois homogènes et diverses. Chacun peut le constater. Il y a des constantes, et tout le travail consistera à les dégager et il y a des diversités évidentes, parfois dans la coulée d’une même référence ! Ceux qui disposent du fac-similé ( et je m’adresse à eux ) peuvent le constater. J’ai relevé deux exemples très parlants à lyc.p.99 note 70 de mon introduction.

La petitesse de l’écriture : je n’ai jamais affirmé que la petitesse de l’écriture était une caractéristique générale de Montaigne. Je constate que dans le Lycosthenes c’est une particularité digne de considération. Enfin à propos de petitesse il est amusant de constater que (note 7 de notre rapporteur) le mos italicus est d’une main différente  : pourquoi au juste ? parce que c’est plus gros ? parce que précisément cette graphie est assez montaignienne et pourrait nous troubler ?

Dans ce cas reportons-nous aux variations d’écritures et de grosseur pour voir chaque fois des mains différentes. Cela confine à l’absurde. Appliquez cela au Lycosthenes et au L’Angelier : vous en auriez des mains diverses, si pour de bonnes raisons vous ne saviez que c’est Montaigne ou le scripteur ! Quant à l’ in-octavo argument oublié par Ithurria ...faut-il asséner sans arrêt cet in-octavo que je signale par exemple p.23 Le lycosthenes : présentation et repères : cet in-octavo etc...

 

Instans ac aevum

Dans l’argumentaire il y a aussi quelque contradiction :

    • à se figer d’une part sur la date 1566 parce qu’elle permet le rapprochement avec le 1564 du Lucrèce pour opérer des comparaisons et s’y conforter sommairement
    • à évoquer d’autre part ensuite comme dirimante une bibliographie tardive, un Amyot de 1587

alors que j’ai indiqué que ce Lycosthenes, et surtout son scripteur, couvre une durée qui va de 1560 à 1580, I582, et au-delà. J’avais d’ailleurs prévu que des éditions Goulart in-8 d’Amyot, de même pagination, existaient au moins dès 1580, ou 1582. Mes recherches ultérieures l’ont confirmé. La Bibliothèque Sainte Geneviève dispose d’un exemplaire de 1584 évoquant les éditions antérieures de même pagination.

Il y a dans l’argumentaire de Max Engammare méconnaissance des variations en oeuvre dans la durée, théoriquement 1560-1592, variations de sources et d’écritures, qui effectivement s’étalent sur des dizaines d’années. Il faut donc prendre tout le Lycosthenes, avec tous ses problèmes, voire ses énigmes. A ce jour chaque fois que j’ai rencontré quelques difficultés pour l’hypothèse MONTAIGNE, les investigations ont confirmé le caractère montaignien. L’unique problème bibliographique, à savoir Dusouhait, publié en 1599 (Vray Prince etc...) est en train de disparaître, parce que d’une part une édition sans date est signalée par Cioranescu et M.C Petit auteur d’une thèse sur Dusouhait polygraphe, parce que d’autre part j’ai la preuve que cette édition de 1599 ne peut être celle du scripteur, parce qu’enfin une piste sérieuse, et encore une fois montaignienne, me conduit au sieur du Hautoy qui accompagne le Prince d’Estissac et ...Montaigne en Italie. Ce n’est pas un hasard. A défaut d’accepter mes dires, merci d’être au moins sensible à la complexité de ce " chantier", et donc merci de manifester quelque prudence.

Consternatio

Autre argument contre le scripteur/Montaigne, consternant : L’annotation quasi exclusivement en français : encore un argument se figeant sur la lecture du I566 du scripteur et sur le Lucrèce perlegi 1564, où l’on a précisément la surprise de découvrir bien des annotations en latin, cohabitant avec les annotations en français. car quelque langue que parlent mes livres je leur parle en la mienne, nous confie Montaigne. Et c’est vrai que l’annotation montaignienne est massivement en langue vulgaire, en français, répétons-le, dans le Nicole Gilles, dans le César de Chantilly, dans le Quinte-Curce, dans le Beutherius, dans, évidemment, le L’Angelier. L’annotation massive en français du Lycosthenes loin d’infirmer l’hypothèse Montaigne, la corrobore, pour ne pas dire, avec la "librairie" et le profil et les recoupements, la confirme. Tout montaniste le sait.

Emptor aut revelator

Il paraîtrait enfin que j’ai consulté les meilleurs seiziémistes français et acheté de nombreuses éditions du XVI ième siècle : en fait j’ai bien plus informé que consulté des spécialistes, non seulement français, mais étrangers, comme il appert dans la correspondance ci-dessus mentionnée. Quant aux ouvrages de l’époque, qu’on se rassure, je ne me suis pas contenté de les acheter, il m’est arrivé de les lire, ce que Max Engammare n’a, semble-t-il, pas compris : sans quoi ne se serait-il pas arrêté un peu plus longuement sur cette librairie, expédiée en une ligne banale, quelques noms, puis - liste complète p. 36-40 - sans véritable curiosité, sans même l’amorce d’une incitation sentie, originale, pour donner envie d’aller voir ; on ne sait jamais, quelqu’un pourrait se faire une autre religion ! Certes j’ai acheté : mais si j’ai écumé les bouquinistes de tous poils, je ne suis pas devenu bibliophile pour autant, ni collectionneur : j’ai parfois payé cher des livres rares, mais j’ai tout autant ramassé des épaves pour l’information qu’elles contenaient. D’ailleurs le Lycosthenes, découvert en cherchant de vieux films de cinéma ! en était une. Sinon, croyez-vous qu’il aurait échappé à la course au trésor de ceux qui visent - pour des raisons que je respecte, à chacun son gibier ! - à la possession ou au gain autant qu’au patrimoine ? C’est pour moi l’occasion de rappeler à quel point je respecte les "soutiers" et les raffinés de la bibliophilie, du commerce du livre ancien : que de tonnes remuées, que de recherches souvent difficiles, pour dégager, trier, répertorier, vendre enfin des livres rares. Que de services rendus à la science !

Lector imperator

Si Max Engammare m’avait lu comme je lis les ouvrages, anciens et modernes, que j’achète, il aurait donc enfin appris ce que manifestement il semble ignorer, tant il est pressé, je nesais pourquoi ni pour quelle stratégie,d’écarteraugrandgaloplasilhouettedeMontaignedansceLycosthenes :

-la main de Montaigne est variable, même si l’on trouve des constantes .

-une version scientifique se doit d’être diplomatique, versionquipermetunvraidébat.

-Montaigne,excellentlatiniste,a fait le choix du français.

Si j’ai paru me plaindre ailleurs d’une certaine frilosité officielle des vrais connaisseurs, que j’interprète mieux à présent comme uneprudence de la part de qui n’a pas en mains toutes les cartes ni le temps des investigations, ma correspondance avec eux , en revanche, fut, comme on l’a vu, très cordiale et fructueuse. Mais aujourd’hui devant un tel texte public de Max Engammare, j’attends avec sérénité le jugement de la communauté scientifique, non pour entériner mon hypothèse, mais pour apprécier, à sa juste valeur, sans complaisance ni fausse courtoisie, cette prestation "savante" indigne et de BHR et de ce Lycosthenes et de mon travail, dont elle ne rend aucunement compte, parce que ma recherche est ici, fût-ce sous des blandices qui ne tromperaient que des imbéciles ou que n’approuveraient que des cyniques, négligée, dénaturée, réduite, enfin méprisée.

Faudra-t-il qu’en vertu d’allégeances convenues, le propos injustifiable et fautif d’un haut responsable d’une haute revue, soit tenu de soi, pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la science, comme irrécusable, incontestable, et soit pour tout dire "amnistié" ? On connaît cette lâcheté aujourd’hui en France, et en politique. Corneille le crie déjà dans Nicomède  : je l’ai proféré dans mon exergue, de la bouche du pleutre Prusias. Seul mon travail me protège et ma belle rencontre avec le Lycosthenes et son navigateur. Je n’ai pas de puissants à invoquer. Nous cracherons donc, s’il le faut, les amertumes par les dalots et garderons notre cap, nous inspirant de l’autonomie et de la dignité si chères à Lycosthenes, au scripteur et à Montaigne.

Ce livre j’ai pris le plaisir et la peine, la peine et le plaisir, de le révéler simplement sans cette rétention qu’on a pu déplorer parfois chez des collectionneurs maniaques attachés à leur monopole ou même dans des institutions, comme ce fut le cas pour les manuscrits de la Mer Morte. Ai-je manqué à ce point à mes obligations vis à vis d’un beau Sujet patrimonial par moi rencontré pour qu’une Eminence jetant inopinément les yeux sur ma tâche, non seulement n’ait pas détecté la stimulante richesse de ce Lycosthenes, mais encore n’ y ait pas décelé même l’ombre de l’ombre de Montaigne ?...

Novitas

Le respect et l’estime que je porte à BHR et à DROZ, à tous ses collaborateurs chevronnés, m’imposait de rétorquer, non ad hominem, sed ad hanc scripturam, de rappeler que le Lycosthenes et son scripteur constituent un fait nouveau, à la fois très complexe et très simple, qui exige donc, pour la complexité, une collaboration de latinistes, hellénistes, érasmiens, seiziémistes, montaigniens (ou montanistes), spécialistes de l’imprimerie et du livre, bibliologues, chartistes, paléographes, généticiens du texte, experts en logiciels appropriés et en nouvelles techniques d’investigation et de diffusion, et, question simplicité, une attitude bienveillante pour accueillir ce précieux objet laissé par la marée. On ne met pas un vin nouveau dans de vieilles outres. Je ne discrédite pas ici quiconque par l’argument de l’âge - je suis moi-même un senior qui ne joue pas sa carrière en cette affaire - j’évoque, contre les routines, la nécessité d’une adaptation aux problèmes quand ils se posent, la curiosité et l’enthousiasme qui sont, avec la rigueur, les seuls garants d’une recherche renouvelée. Sinon l’érudition se confinera dans un Désert des Tartares, pour quelques esprits "schizoïquement" comblés dans leur camp retranché. Et nous chercheurs, enseignants, éditeurs, aurons failli.

Salve ! nolo ac nolite altum sapere.

Max Engammare décrète : Inutile de poursuivre. Montaigne n’est pas le scripteur. Je dis, moi, surtout suite à ce compte rendu, que je recommande de lire et relire, pour découvrir si possible quelque bonne foy qui m’aura échappé, je dis "naïvement" , donc naturellement comme dirait l’auteur des Essais, et assumant cette naïveté  : au contraire poursuivons, poursuivez, car le scripteur pourrait être Montaigne, lequel mutatis mutandis nous met en garde (Essais 1085 B) :

" Deffendez le promener à un laquay basque ; vous le privez de mouvement, et en fin d’air (=espace) et de lumière."

Serviteur

Bible Estienne 1555 collect. E. Ithurria

Etienne Ithurria Plaisance 28 septembre 2000

Les deux dernières lettres que m’adressa le regretté Robert Aulotte, peu avant sa mort, et qui se passent de commentaires, émanant d’un spécialiste et de Plutarque et de Montaigne :

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